ANIMAL URBAIN
Ronan Moinet, explorateur et performeur, a vécu dans la peau d’un animal sauvage, durant 7 jours dans le parc de Beaulieu, en avril 2025. Il a pu y observer les interactions existant entre les humains et les non-humains. Découvrez le récit de son expérience, ses ressentis et ce qu’il a pu apercevoir durant cette résidence.

Tables des palabres
47.21303, -1.51936
« … Installé sur une table, dans le parc : la table des palabres. Elle est entourée de grans aplats de vert. Mais depuis une dizaine de minutes, d’autres humains me frôlent. Ils me dépassent, sans mot dire. À la vue de leurs nombres, impossible de les louper : midi, l’heure des joggeurs. Des centaines de travailleurs extirpés de leurs bureaux, agitent leurs guiboles sur les chemins du parc. Perché sur des semelles épaisses, et couverts de textiles fluos, leurs vêtements crient : « je cours ! ». Ils affirment l’usage que leurs propriétaires font du parc. Le message est limpide pour tous les vivants à la ronde.
Quoi que… à qui est destiné ce message ? Aux autres usagers, « regardez-moi, je cours », ou à eux-mêmes « allez, petite motive » ? À les observer patiemment, la seconde solution m’apparaît la plus juste. Les joggeurs sont plus préoccupés de leurs mouvements intérieurs que de ce qui secoue le parc. Le martellement de leurs pas sur leur sol rend sourd le chant du merle, la zinzinulation de la mésange charbonnière, et les frênes qui couinent quand le vent crie bourrasque. Ce gigantesque chêne poussé par la tempête, et son écorce qui forme des vallées : invisible pour le corps qui court. Le parc est un décor.
Quelques mètres au-dessus du chemin, une corneille toute de noir vêtu, assiste au tour de manège. Elle oscille de la tête à chaque humain qui passe, remarque leurs démarches diverses, mais toujours dans les pas de celui qui précède. L’humain est une espèce grégaire. Elle doit se rendre compte qu’il coure sur les chemins fait de sable jaune, tassé, et qu’il ne s’en écarte.Voilà la corneille qui s’envole. Elle malaxe l’air de ses grandes ailes, et vient se poser à quelques mètres de moi. La tête inclinée sur le côté, ses deux pupilles me scrutent. Mes vêtements noirs me feraient-ils passer pour l’une de ses congénères… »
Extrait du livre Animal Urbain, par Ronan Moinet. Date de parution : Octobre 2025. Vous souhaitez soutenir le projet et le précommander ? Ça se passe par ici ! Toute l’équipe vous remercie chaleureusement 🙂 !
Par Ronan Moinet, dans le cadre du projet de territoire Beaulieu Vivante.

Ce projet est soutenu par la Ville de Nantes dans le cadre des Résidences artistiques de territoire.